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1 décembre 2006 5 01 /12 /décembre /2006 22:12

           

            Les photos de Sylvie Le Parc présentent la mode vestimentaire la plus connue du pays de Saint Pol de Léon : le costume de Mode Chicolodenn tel qu’il était porté à Saint Pol de Léon en 1900. Il est considéré comme étant austère et majestueux, et est qualifié de « triste » par les terroirs environnants en raison de sa couleur noire.

            Cette mode est tellement importante dans l’esprit collectif qu’elle a complètement occultée les modes Taoledenn finissantes et les modes Jenoss avec qui elle cohabitait. Le sursaut revivaliste initié à partir des années 1920 par le clergé et le Bleun Brug y est vraisemblablement pour beaucoup. Ceci a également été conforté par le fait que cette mode vestimentaire à survécu dans les campagnes environnant la ville de Saint Pol de Léon alors que les autres modes vestimentaires citées ci dessus disparurent très rapidement.

Les pièces du costume :

            En 1900, le costume Saint-Politain de grande cérémonie se compose pour la femme des pièces suivantes :

Le fond du costume :

Ø      Une jupe de drap toujours noire, encore ample, dont le tour va rapidement diminuer pour prendre la silhouette des costumes de bourgeoises de ce début de siècle. La longueur de la jupe est très précise, elle ne doit pas être à plus de 2 cm du sol (consignes données en cure). Elle doit être portée avec des souliers plats, les bottines étant assimilées aux femmes de mauvaise vie.

Ø      Une veste cintrée à ouverture en biais, dégageant un plastron orné, de couleur noire. Cette veste à manches longues est garnie de baleines rigides à l’intérieur.

Ø      Pour les grandes cérémonies, un col plastron de couleur blanche vient s’ajuster sur cette veste. Dans les circonstances ordinaires et le dimanche ce plastron n’est pas porté. « Nous, les habitants de Saint-Pol, on n’avait pas besoin de « cache saleté », comme nos voisins des autres communes et comme ceux de Landivisiau. On se lavait, on sentait bon et on était propre, on était presque de la ville ». C’est ainsi qu’une habitante de la rue de Verdun s’exprimait en 1971.

Ø      Sous cette jupe, on garde les jupons traditionnels, encore présents en 1900. On portait trois jupons, dont un blanc et un bleu, la ville étant placée sous la protection de la vierge Marie.

Châle, tablier et accessoires :

Ø      Sur ce fond de costume vient se poser un grand châle de cachemire et de soie. Il est épais pour l’hiver et de soie plus légère pour l’été. Ce grand châle, encore appelé « mouchouar », est une évolution du petit tour de cou porté dans les années 1870. L’exposition que nous avons consacrée à l’évolution du costume traditionnel de 1789 à 1930 avait montré l’évolution de cette pièce vestimentaire. A cette époque, ce châle est toujours de couleur noire à Saint Pol.

Ø      Un tablier à devantier de grande taille vient fermer le costume sur son avant. Si le devantier n’est pas aussi imposant que dans les années 1870, il reste encore de taille conséquente. Ce tablier de moire de satin ou en soie est, à cette époque, toujours de couleur noire. Il est bordé de dentelle de soie noire et est souvent orné dans le tiers inférieur d’un volant de soie ou de satin noir. Il garde ses poches dans les campagnes environnant Saint Pol, tandis que les poches disparaissent sur le tablier de Saint Pol ville.

Ø      Pour les grandes occasions, une chaîne sautoir en or, argent ou vermeil, avec un cœur jeannette et une croix, vient orner le costume. A l’arrière du châle, une broche d’argent, souvent issue de pèlerinage, vient souligner les plis de cou. Dans les circonstances plus ordinaires, c’est une montre qui pend au bout du sautoir.

La coiffe :

 

             La coiffe est appelée Chicoloden. Elle est de tulle de coton non brodé (la cure ayant réservé le tulle brodé pour les vêtements sacerdotaux). Plus tardivement, pour passer outre cette interdiction, les femmes porteront des Chicoloden en filet brodé, ce qui permettra de respecter l’église et de répondre aux souhaits de coquetterie. La matière du tulle évoluera ensuite : de coton elle passera en soie, puis en nylon.

            La coiffe est composée d’un grand fond à deux cornes, d’une visagière à trois pans en 1900, un pan en 1920, et de deux barbes qui descendent de chaque coté de la tête. La longueur et la largeur de ces barbes n’ont cessé d’évoluer entre 1875 et 1950.C’est en 1900 que la coiffe atteint son point d’équilibre, tant en volume général de la coiffe qu’en longueur et largeurs de barbes. 

            Si la cure interdit les broderies sur la coiffe, elle n’a rien signifié en ce qui concerne le dessous de la coiffe. Les bonnets, présents jusqu’en 1890, disparaissent (seul le bonnet noir restera dans les communes reculées comme Santec, Plouzévédé ou Saint Vougay). Le fond de coiffe enveloppant toute la tête va progressivement diminuer pour laisser apparaître la chevelure. En 1900, la coiffe est portée en laissant apparaître une largeur de deux doigts de cheveux, ces cheveux étant « laqués » avec une solution d’eau sucrée. Un « ruzieres » noir (prononcer « rujéres », bandelette sous la coiffe, du breton « ruz », car elle était rouge à l’origine) sert d’assise à la coiffe sur le dessous. Un ruban de soie blanche indépendant de la coiffe vient finir la pose sur le dessus. En 1900, la largeur de ce ruban est de 1,5cm et le nœud à l’arrière de la coiffe est volumineux. L’amidonnage de ce ruban fait que le nœud est parfaitement droit. Sous le bonnet de la coiffe, qui est transparent, des peignes de corne, incrustés de nacre, de pierres et de strass d’une grande richesse vont dévoiler l’élégance et la richesse de celles qui les portent. Il en est de même pour les épingles blanches qui cernent le dessus du ruban blanc. Ces épingles de nacre sont généralement très ouvragées.

           En 1900 toujours, la longueur des barbes est d’une cinquantaine de centimètres. Les barbes viennent se nouer au milieu du devantier du tablier. Les barbes se ferment nouées, en double nouage, en triangle, en carré, en losange, en trapèze ou en rectangle selon les communes et l’humeur des femmes. A Saint Pol de Léon, le pliage en triangle est le plus apprécié à cette époque, car il nécessite pour être bien équilibré d’avoir des coiffes dont la façon est irréprochable, donc des coiffes chères à l’achat.

          Cette coiffe sera porté dans le pays de Saint Pol de Léon jusque dans les années 1992 (la dernière femme informatrice de Bleuniadur portant la coiffe, s’est éteinte cette année-là. Peut-être que cette coiffe a été portée encore plus tardivement dans d’autres communes de la mode vestimentaire. La femme en question portait ses vielles coiffes de coton le dimanche et des coiffes récentes en nylon en semaine.

          

         Où peut-on encore voir cette mode vestimentaire ?  Bleuniadur est le seul groupe à le présenter, et uniquement en deux occasions : en défilé au Festival de Cornouaille à Quimper et aux fêtes du Léon à Saint-Pol-de-Léon quand Bleuniadur est présent à ces événements. 

         Le costume photographié par Sylvie Le Parc est constitué uniquement de pièces authentiques d’époque (châle, tablier, coiffe..). Lorsque Bleuniadur défile dans ce costume, il en est de même pour toutes les pièces de tous les costumes. C’est pour cela qu’il les présente si rarement.

 

Texte d’Alain Salou  

 

Sources : R-Y Creston Le costume breton ; enquêtes de Bleuniadur dans le pays de Saint-Pol.

Merci à Julie pour sa patience en tant que modèle, et à Sylvie Le Parc pour ses photos. 

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